Liu Jiakun, architecte chinois de renom et lauréat du prix Pritzker 2025, a tracé un parcours singulier, imprégné par son enfance à l'hôpital de Chengdu, où sa mère exerçait la médecine interne. Cet environnement a forgé en lui une tolérance religieuse profonde, bien qu'il ait choisi de se tourner vers les arts, explorant le dessin et la littérature avant de découvrir l'architecture. Son approche unique mêle l'art et la vie quotidienne, l'histoire et la modernité, le collectivisme et l'individualisme. Ses œuvres, réparties sur quatre décennies, célèbrent l'identité locale et la spiritualité, transformant l'environnement bâti en une expression poétique et un puissant lien social, en harmonie avec la nature et l'histoire chinoise.
La jeunesse de Liu Jiakun a été marquée par le programme chinois des « jeunes instruits », où il a été assigné à l'agriculture paysanne, une expérience qui a initialement teinté sa vie d'un sentiment d'insignifiance. Cependant, son admission en 1978 à l'Institut d'Architecture et d'Ingénierie de Chongqing fut une révélation. Il prit alors conscience de l'importance de sa propre existence, embrassant une carrière qu'il ne comprenait pas encore pleinement. Diplômé en 1982, il a fait partie de la première génération d'architectes chargés de la reconstruction de la Chine. Il a temporairement travaillé à Nagqu, au Tibet, où il a développé ses compétences en peinture et écriture, qu'il considérait comme ses forces majeures. Sa passion pour l'architecture a été ravivée en 1993 lors d'une exposition de son ancien camarade de classe, Tang Hua, marquant le début d'une nouvelle ère dans sa carrière, où l'architecture est devenue un moyen d'expression personnelle.
En 1999, Liu Jiakun a fondé Jiakun Architects à Chengdu, avec la conviction que l'architecture transcende sa fonction première pour être le reflet d'une communauté, de sa spiritualité et de ses traditions. Il envisage l'architecture comme l'eau qui s'infiltre et se solidifie progressivement dans un lieu, s'imprégnant de ses qualités, tant positives que négatives. Cette philosophie se traduit par une exploration des matériaux locaux et des savoir-faire traditionnels. Il est reconnu pour sa capacité à créer des espaces publics dans des villes densément peuplées, comme le West Village à Chengdu (2015), un projet de cinq étages qui fusionne espaces culturels, sportifs, récréatifs, bureaux et commerces. Ses œuvres, telles que le musée des Horloges de Jianchuan (2007) et le département de sculpture de l'Institut des Beaux-Arts du Sichuan (2004), démontrent une intégration harmonieuse de l'architecture dans son environnement, défiant les contraintes d'espace et célébrant la vie quotidienne.
La contribution de Liu Jiakun s'étend au-delà de la conception. Il a notamment recyclé les décombres du tremblement de terre de Wenchuan en 2008 pour créer des « briques de renaissance », renforçant ainsi la résilience et l'économie locale. Ces briques ont été utilisées dans des projets majeurs, comme le bâtiment Novartis et le musée de Shuijingfang. Le mémorial Hu Huishan (2009), sa plus petite œuvre, témoigne de sa capacité à transformer la tragédie en un symbole de mémoire collective. Il a également été honoré par de nombreux prix, dont le Pritzker Architecture Prize en 2025, saluant sa capacité à créer une architecture qui unit les communautés et révèle la symbiose entre l'histoire, les matériaux et la nature.
L'œuvre de Liu Jiakun, saluée pour sa cohérence et sa qualité constante, offre une réponse significative aux défis sociaux et environnementaux contemporains. Il développe une stratégie qui privilégie l'évaluation unique de chaque projet, fusionnant les réalités actuelles avec des visions innovantes pour la vie quotidienne. Sa capacité à repenser la densité urbaine, en créant des solutions qui équilibrent l'habitat et la qualité de vie, est particulièrement remarquable. En évitant tout dogme esthétique ou stylistique, il crée une architecture qui transcende les époques et les cultures, forgeant un langage universel pour un monde plus juste et durable.